Forêts d'Ardenne

A pas de loup

Le sentier sillonne entre des arbres, franchit le ruisseau de pierre en pierre, traverse les retranchements de quelques animaux sauvages… Et finalement, après quelques heures, quelques jours, quelques années de marche, on atteint le refuge.  Notre forêt intérieure et celle qui nous entoure ne font plus qu’une. Ainsi est sa forêt : dissimulée derrière quelques arbres, elle se nourrit sans cesse d’oiseaux et de plantes à la diversité inattendue, elle multiplie les sons et les odeurs, mais aussi et surtout, elle offre une cabane à notre part d’imaginaire.

Préface du projet par Tanguy Dumortier

Les images de Martin résonnent en moi comme aucunes autres. Car même si nos chemins se croisent peu, nous sommes frères de forêts, nés à quelques jours et quelques arbres de distance.

Au même moment, nos parents nous ont montré le chemin des bois, là où phase la lune, coule la brume, cercle la goutte.

Maintenant nous montrons à nos enfants les racines et les feuilles, la course des nuages, la chute des flocons, les traces du soleil, l’écorce et le coeur des arbres.

Dans quelques saisons, nous disparaitrons à notre tour, laissant de jeunes pousses et quelques images. Celles de Martin me fascinent, elles m’offrent ce que peu de photos peuvent offrir : des histoires belles, mystérieuses, envoûtantes.

Vu du ciel, un arbre couché paraît s’être relevé. Curieusement, la neige semble être tombée seulement sur quelques mètres carrés. Un vol d’étourneaux traverse le ciel et la page, une mésange décolle en piqué, des sangliers en formation fonce vers l’objectif, trois blaireaux me regardent dans la nuit. À la vue d’un cerf de dos qui brame : un instinct sauvage se réveille en moi. J’ai l’impression d’être le prédateur qui a trouvé sa proie. Je marche vers elle, silencieux, la mâchoire crispée, à pas de loup. Ces pages sont parvenues à me mettre dans sa peau. La course reprend, derrière le lièvre ou la biche, les herbes folles me caressent le visage.

Ne lisez pas ce livre, plongez-y. C’est une transe hypnotique, une valse des arbres, un conte sans héros. Un photographe nous montre ce qui n’est pas là. Ce qui n’est pas encore là. Ce qui va arriver : le sauvage et son incontrôlable beauté.